Saucisse-Team

Le VTT à toutes les sauces

Jacques DEVI : Un pionnier

Par Nico le Lundi 8 janvier 2007.

Jacques Devi fait partie des premiers personnages du VTT, sans doute même a-t-il été le premier.

A l’époque où l’Internet n’en était qu’à se version militaire, sa moustache (qu’il a toujours), ses casques, son style, et ses coupes à l’iroquoise ont marqué les esprits. Deux années 1987 et 1988 et puis s’en va, jusqu’en 2005 où sa gouaille, son style et ses perfs sont revenus sur le devant de la scène. Un tapissier-décorateur se doit d’être haut en couleur, pourquoi-comment est-il arrivé au vélo, en est-il reparti puis revenu ? Tout ça, notre cycliste venu de Bagnols-sur-Cèze à Bedoin pour se faire la caisse sur la route, nous l’évoque, sans détours, ce n’est pas le style du personnage.

Jacques, les moins de 20 ans ne peuvent pas te connaître alors, fais-nous une petite présentation…

« Jacques Devi, 41 ans et demi, je tiens au demi, j’habite à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, et suis originaire de Sarrians dans le Vaucluse, pas bien loin d’ici. Le Ventoux, je connais. »

Quel est ton passé vélo et quel était ton premier vélo ?

« Je devais avoir 9-10 ans, et le passé, ça a été Sarrians-Monteux, tous les jours à vélo : 17 kilomètres pour aller à l’école. Et puis, ça a été les petites courses, Minimes-Cadets. Quand le VTT est apparu, les premiers MBK tracker ont été achetés par mes parents et logiquement, je suis monté dessus et le gros déclic est parti de là. C’était en 1987. La première impression sur ce vélo, c’est pas compliqué, du VTT, on en a toujours fait. On venait dans le Ventoux avec des solex sans moteurs, les bases soudées par le père et on se faisait des descentes du Ventoux. L’évolution est arrivée, avec les 18 vitesses, les petits braquets. On a pas mal bricolé. On soudait des plateaux. 20-22 dents sur des triples, des TA à l’époque, avec des demi-boudins, sur des vélos normaux de route, on fairsait des chemins, et des cols. On faisait des cols sur la route, mais dès qu’il y en avait un sur les sentiers, on le prenait, on faisait déja du vélo tout terrain. Quand ces vélos sont arrivés, je les ai pris, et ça m’a plu de suite. Quinze jours après, je faisais ma première course à Lirac, où j’avais rencontré le vainqueur du Roc 86, Morel. Sur cette course, j’ai cassé ma chaîne au démarrage. J’ai courru de partout pour réparer, je suis reparti et à mi-course, je lui sentais la transpiration ! Je n’étais pas loin. La technique, je l’avais et je me suis dit que je pouvais y aller. Ca m’a emballé, et j’y suis allé. »

Finalement, avec vos bricolages sur des vélos ou des solex, vous avez fait la même chose que les Américains en Californie, mais vous n’avez pas commercialisé vos idées ?

« J’ai des photos de mon press-book de 1987, dans le col du Conte, à faire les idiots. Les Américains sont forts pour commercialiser. Tout le monde a fait du VTT, de tout temps, des rallyes cyclo-muletiers. Ca m’a toujours déplu de dire que les Américains ont inventé le VTT. Ils ont optimisé la machine, point. »

Toute ta famille a baigné dans le vélo ?

« Dans la famille, on est tous dans le vélo. »

Comment se sont passées tes premières manches de Championnat de France ?

« A cette époque, le Championnat de France se déroulait par manches en effet. Je suis allé faire la première manche au Pilat, avec les frères Hosotte. J’ai gagné et petit à petit, il y a eu pas mal de monde. Ca bataillait, et j’ai gagné le premier Championnat de France de l’Histoire. »

Quel était le sentiment parmi vous, les pionniers, c’était tout sauf la route ?

« Pas spécialement. En ce qui me concerne, c’était une autre discipline. Aller s’éclater en pleine nature, appliquer une discipline à part entière, car le vélo tout terrain est une discipline à part entière. Bien plus en contact avec la nature que le vélo de route, mais la base est la même, il faut pédaler, être costaud. »

Jusqu’à quand a duré cette première phase ?

« J’ai arrêté en 1988. On va parler des choses qui fâchent, mais avec l’arrivée des sponsors, de l’argent à gagner, sont arrivés sur les courses des gars qui étaient malhonnêtes. En fait, des gars qui étaient suspendus pour dopage sur la route et qui venaient là pour prendre l’argent. J’ai tempesté auprès de l’AFMB, l’Association Française pour le Mountain-Bike, qui existait avant que le VTT ne soit intégré à la FFC, Stéphane Hauvette. Voir arriver des routiers avec cet état d’esprit était malsain, et en 1988, j’ai tiré le rideau. Je suis parti, je ne voulais pas jouer avec des tricheurs. »

Pendant la transition, es-tu resté proche du vélo ?

« Je n’ai jamais arrêté le vélo. J’avais 20 ans, j’ai mis l’accent sur ma carrière professionnelle, tout en continuant de pratiquer le vélo. Avec mon épouse, on a fait de grandes traversées dans le monde entier, en cyclo-camping, jamais en tandem. On a fait de gros trucs, un mois de vélo, vélo chargé de 40 kilos, donc il fallait avoir de gros entraînements, il fallait être très entraînés. Six mois de préparation, pour un mois de vacances à vélo. Comme en plus, je suis un bon épicurien, j’aime les arts de la table, ça m’a permis de m’équilibrer à tous les niveaux. »

Jacques, on t’avait perdu de vue dans le VTT, et Jacques Pradel t’a retrouvé, quand es-tu revenu ?

« Je suis parti déçu, avec amertume, et on ne m’a jamais plu vu sur les courses VTT. Mon père a repris un petit peu le flambeau. Il a fait des courses, des podiums, et moi, je suivais de loin ce qui se passait, les circuits. Au fil du temps, j’avais de moins en moins de regrets d’être parti. Les gars dopés tombaient comme des mouches. Ils sont six pieds sous terre. Et puis, il est arrivé un jour où je suis allé voir ma nièce et je suis allé à Piolenc pour une course Ufolep. Et puis j’ai replongé, le virus m’a repris. A un moment, les circuits étaient trop roulants, d’autres circuits assez techniques, et j’ai replongé en deux heures. Comme j’avais toujours de l’entraînement, je suis revenu assez facilement. Le rythme je l’ai retrouvé, mais j’ai été étonné de ce que j’ai fait en 2005. J’ai fait la manche de Coupe de France à Montgenèvre, où je fais trois derrière Jean-Paul Stephan, c’est assez plaisant. Je me suis plutôt orienté sur des types d’épreuves qui sont assez conviviales. J’ai voulu goûter à tout, parce que quand j’ai quitté le vélo tout terrain, il n’existait que le cross-country. Maintenant, il y a la descente, des courses marathon, de l’enduro, du marathon de descente, et tout et tout. Alors en 2005, j’ai un petit peu tout essayé. C’est pour ça que pour 2006, je vais cibler ce qui m’a plu l’an dernier, sans forcément chercher le résultat. »

Aujourd’hui, que recherches-tu avant tout ?

« C’est me faire plaisir sur des compétitions, et prouver que le sport améliore et garde en bonne santé. A 41 ans, on peut avoir des résultats. Moi le sport, c’est ma complémentaire-santé. »

Quel sera ton programme 2006 ?

« Mégavalanche, les Enduro Series, Transvésubienne, Transmaurienne, Coupes de France… En gros, tout ce qui risque de dépasser 20 km/h de moyenne. Je ne vais pas y mettre le nez. J’aime le vélo tout terrain. A 30 à l’heure, je me dis où est le VTT. La technicité du circuit, elle est dans la vitesse moyenne. Les Enduro Series, ça m’a énormément plu. C’est très convivial, tout le monde discute avec tout le monde, il n’y a pas de champions, tout le monde au même niveau. Georges Edwards m’a amené sur les descentes marathons. Je suis allé à l’Alpe d’Huez, et j’ai pris mon pied. Alors, va pour les Mégavalanche aussi. »

Entre un week-end sur la Free-Raid, le Roc d’Azur, et la Transvésubienne, que choisis-tu ?

« Je choisis les trois. Le Roc, ce sera en tandem. Ca roule très vite, on ne peut pas avoir des parcours techniques. Par exemple, ici, je fais le Trophée des Monts du Vaucluse, car ce sont des organisateurs qui connaissent le vélo tout terrain, avec des circuits jolis, techniques, du vrai VTT. »

Pour toi qui a connu le débat vélo de montagne contre vélo tout terrain, du VTT, on peut en faire partout en France ?

« Oui, on peut en faire partout, et des courses partout aussi. En 2005, j’ai fait l’Hexagonale. C’est dramatique, on faisait des bordures. Les premiers tournaient à 32 de moyenne. Là, j’ai pas compris. Plutôt que de rouler sur le chemin, on met une rubalise et on descend dans le fossé. Ca casse la vitesse, sinon, c’est à peine du cyclo-cross. »

Comment juges-tu l’évolution du matériel entre tes débuts et maintenant ?

« C’est simple, on est passés du pâté de foie au foie gras ! J’ai toujours pu avoir du matériel en phase avec ma pratique. A 20 ans, le matériel, on peut ne pas y faire trop attention. A 40, on doit optimiser par le choix du matériel. On est en phase descendante, je dois être pointu. Il y a un mois, j’ai roulé avec un de mes vélos de 1987. Quand on roule avec des vélos de maintenant, on se dit nom de dieu, c’est de l’amusement de faire une Transvésubienne. Quand on la faisait avec des tout rigides, et quatre kilos dans les pneus, c’était démentiel. Avec un tout-suspendu, des tubeless, la pratique est plus aisée. »

Entre Julien Absalon, Cédric Ravanel et Jean-Christophe Péraud, avec qui pars-tu rouler ?

« Moi, je roule avec tout le monde. Il faudrait leur demander s’ils veulent rouler avec moi. Je ne les connais pas assez. »

Sur quel matériel vas-tu rouler en 2006 ?

« Ca s’est décidé la semaine dernière, je vais rouler en Cannondale. L’avantage de Cannon, c’est qu’ils ont des vélos bien adaptés aux pratiques. On a eu des affinités, donc je vais rouler sur le Scalpel, le Rush, Prophet. C’est une arme de tueur, ce Rush-team. Je suis un fidèle de Cannon depuis des années, ça me fait plaisir de rouler avec eux, je suis en phase avec eux, je connais les produits, et je les apprécie. Je suis pilote solo, je m’arrange avec mon vélociste, MTS à Orange. Je veux du matériel top, pointu. Par exemple, je suis en accord avec Hope après les avoir poussés, tanés, pour avoir ce que je veux. On ne m’impose rien, j’optimise. »

En conclusion, quelle est ta Devi-se ?

« Allez, ‘aide-toi, le ciel t’aidera’, mais elle n’est pas originale. »

Jacques DEVI


Propos recueillis sur le site Velo101.com

Ce gars représente le vrai esprit du vtt, celui de la saucisse-team

2 commentaires pour “Jacques DEVI : Un pionnier”

Vous pouvez faire une réponse. les trackbacks ne sont pas permis.

Le Mardi 9 janvier 2007 à 9 h 13 min par Paul

T’es un petit malin toi ;)

Je lirai ca plus tard, il ya une brave tartine.

Le Lundi 24 mai 2010 à 10 h 45 min par foucher maxime

Lui ces un bon je peux vous le dire

Laisser un commentaire

*